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jeudi 23 juin 2011

Jacques Attali : De l’importance des universités d’été de la Licra | LICRA

Jacques Attali : De l’importance des universités d’été de la Licra | LICRA

Pourquoi avez-vous accepté de participer aux premières universités d’été de la Licra ?
La Licra est une institution magnifique. Le combat qu’elle mène est d’une extrême actualité. On ne peut pas refuser d’apporter son appui à la Licra, à ceux qui veulent bien consacrer un peu de temps à ses luttes et seront présent aux universités d’été.

Quelles actions particulières contre le racisme et l’antisémitisme  avez-vous mises en œuvre sur un plan personnel ?
J’ai eu à réaliser d’innombrables démarches contre le racisme et l’antisémitisme dans le monde. Au niveau politique, je l’ai fait en essayant d’intervenir au plus haut niveau, auprès de gens qui pouvaient être efficaces et discrets. Dans mon activité d’intellectuel, je lutte en étant pédagogue. Dans le Dictionnaire amoureux du judaïsme, je pense avoir fait œuvre utile contre l’antisémitisme en tentant d’expliquer aux Juifs et aux non-Juifs, de façon aussi pointue, profonde et sérieuse que possible, ce que le judaïsme apporte d’universel. De même, avec les Juifs, le monde et l’argent, j’ai essayé de démythifier l’antisémitisme économique. Et dans le roman intitulé la Confrérie des éveillés, j’ai montré qu’un dialogue entre les trois religions monothéistes pouvait s’exprimer magnifiquement.
La Licra est une association très ancienne et qui a toujours sa raison d’être. Le combat contre le racisme et l’antisémitisme est-il toujours à recommencer ?
La bataille est sans fin car on sera toujours, à un moment, l’étranger de quelqu’un. La Licra est désormais une institution respectée et reconnue ; elle n’est plus dans la situation de 1928, elle est beaucoup plus forte et solide. Il faut préserver ces acquis et toujours combattre. A un moment où la mondialisation prend une ampleur particulière, la peur de l’autre revêt de nouveau une importance singulière. Les cris d’aujourd’hui contre les musulmans et les Africains sont ceux d’autrefois contre les Juifs, les Polonais, les Italiens… Dans un monde où le nomadisme revient, il est clair que  nous devons lutter encore pour l’acceptation des différences et montrer qu’il faut être un pays qui s’enrichit de la nature de ceux qu’il accueille. Car même si la reconnaissance de l’autre est plus grande qu’elle n’a été, certains ministres continuent à affirmer que les Français se sentent mal à l’aise chez eux car ils y côtoient des étrangers !
Ces prises de paroles choquantes au plus haut niveau de l’Etat ne sont-elles pas le symptôme d’un discours raciste décomplexé ?
Ce qui était ressenti comme délictueux auparavant ne l’est plus toujours. C’est inquiétant. On doit dire et redire que la France porte le nom d’un peuple qui était allemand, comme l’Allemagne est née d’un peuple qui était nordique, que les Russes sont issus de tribus vikings… Etre étranger, c’est finalement un concept vide de sens.
Les interventions de Marine Le Pen ont contribué à la banalisation de ces paroles nauséabondes. Quelle stratégie peut-on adopter face à ses idées ?
Si on ne s’attarde pas sur l’image que donne cette femme, on s’aperçoit que ses idées sont les mêmes que celles de son père, voire parfois même pires. Elle affirme des choses absurdes, sur le plan moral mais aussi tout simplement logique. Rétablir la peine de mort, fermer les frontières, sortir de l’euro, tout cela n’est pas efficace !
J’attache beaucoup plus d’importance au fait qu’un ministre puisse reprendre les idées de Marine Le Pen qu’à Marine Le Pen elle-même.
François Mitterrand affirmait : « L’extrême droite est dans la droite. » Cela n’a jamais été aussi vrai. Les idées de Marine Le Pen sont effectivement beaucoup plus communes qu’on ne le croit. Répandues dans la droite, elles doivent y être combattues. Nous verrons alors se dessiner, au sein de cette même droite, un nouveau clivage entre les républicains et ceux qui sont d’extrême droite et, par nature, ne sont pas républicains.
Il va falloir poser clairement certaines questions aux candidats à l’élection présidentielle : Considérez-vous que les étrangers sont trop nombreux en France ? Approuvez-vous le projet de fermeture des frontières ? Pensez-vous supprimer la binationalité ? J’espère que ces questions sortiront aussi de l’université d’été de la Licra.
Propos recueillis par Delphine Auffret

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